La canicule en cours préfigure ce que va être l’année 2027 du point de vue du climat. Le courant chaud El Niño s’est amorcé en mer plus tôt que prévu et les perturbations vont donc se mettre en place dans un cycle sans doute plus court que d’habitude. L’année 2027 verra le paroxysme de l’impact. Les effets spécifiques de ce phénomène s’ajouteront à ceux qui résultent du réchauffement préalable. Ce sera donc l’occasion de prises de conscience en grand nombre. Pour les pouvoirs publics néolibéraux, rien de neuf. Et ils ne feront rien, dans tous les domaines où le marché n’aura pas produit de propositions marchandes. Au contraire, le système compte se nourrir des turpitudes résultant de sa politique de laisser faire et laisser aller.
Mais la société sera suffisamment ébranlée pour devenir attentive aux solutions radicales, voyant qu’elles sont la seule issue sérieuse et durable pour maintenir le monde en état de marche globale. Idéologiquement et concrètement, nous sommes, nous insoumis, plutôt mieux préparés que d’autres pour aborder cette période. L’insertion du concept d’intérêt général humain nous permet de formuler un point de référence stable pour nommer l’aune à laquelle doivent être formulées les réponses et engagées les priorités d’action. La thèse de la planification écologique est ici l’outil le plus adéquat pour organiser l’action comme composante de la vie quotidienne de notre pays et des décisions à prendre dans chaque domaine. Pour l’instant, la planification est restée un gadget confié à François Bayrou sans autres conséquences que quelques rapports et paperasses de plus. En tout cas, nous déduisons de ce contexte que les esprits vont être mieux préparés à comprendre les solutions du collectivisme écologiste que nous portons dans le programme « L’Avenir en commun ». Et par contraste plus clairvoyant sur la nullité des banalités débitées par le candidat d’extrême droite quand il lui arrive de dire quelque chose de construit.
Un bon sondage fait toujours plaisir. Mais cela ne suffit pas à crédibiliser à nos yeux ce procédé d’investigation de « l’opinion ». Nous serions pourtant bien absurdes de le dénoncer au moment où sa parution apporte une contribution aussi nette à notre travail. Mais déjà l’écart d’un point avec Édouard Philippe lui permettant de se maintenir devant moi m’est suspect. Mais cela ne me paraît pas une évaluation faite avec sérieux. Je le dis parce que nous savons quelle est la vanité de la méthode des sondeurs. Le savent-ils : nous vivons dans une période de dislocation sociale et culturelle. Les sondeurs continuent à vivre dans le monde où un métier, une situation familiale et un âge seraient des déterminants suffisants pour établir des correspondances d’opinion politique. Ce n’est plus un déterminisme, c’est une mécanique. C’est là une émouvante réminiscence de l’état du monde au siècle précédent. Aujourd’hui il en va tout autrement. Les gens s’apparentent plutôt à des cercles de tempéraments ou d’identification. C’est un peu l’intuition de la méthode de sondage de cluster 17. Les classiques, eux… patinent. Outre la méthode grotesque des « sondés en ligne » par internet contre des cadeaux, s’ajoute l’incapacité quasi-absolue à atteindre les quartiers populaires et la jeunesse. Tant d’angles morts ruinent toute prédiction. Et comme le journaliste produit l’actualité par sa sélection des faits, le sondeur compte donc essentiellement sur l’effet auto-réalisateur de ses annonces péremptoirement assénées. Dans ce contexte, leur méthode secrète de « corrections » des résultats ne peut pas être prise au sérieux. En effet, elle dépend d’échantillons souvent très… biaisés. Les archives de la commission de contrôle des sondages, visitées par Antoine Léaument, député insoumis de l’Essonne, à l’occasion d’une commission d’enquête parlementaire, lui en ont appris de belles à ce sujet. Ainsi quand les résultats bruts de telle société de sondage font apparaître des intentions de vote à 46 % pour le Front national aux précédentes élections présidentielles… Ou quand telle autre montre que 10 % des sondés de l’échantillon se souviennent avoir voté pour moi, soit moins de cinquante pour cent du total réel… La correction de trajectoire à ce moment-là est tout simplement un exercice de « libre création » du sondeur. Et c’est surtout aussi un révélateur du biais ultra-droitier de l’échantillon.
Dans un cas comme cette semaine, qui nous est si favorable, nombre de membres bavards de la caste médiatico-sondagière ont dégainé leur sarcasme à deux sous : « vous citez les sondages quand ils vous arrangent ». Oui, en effet. Mais que fait la caste ? La même chose. Reste une différence : eux croient à ce qu’ils lisent. Pas nous. À présent, nous pensons que nous sommes encore sous-évalués. Cet institut de sondage nous donnait à 8 % six mois avant le vote de 2022. Il attendit quatre jours avant le vote pour nous mettre à 16 %. Je fis 22 %, on s’en rappelle. Donc nous croyons que nous sommes sous-évalués. L’intention est sans doute d’alarmer le centre pour le pousser à son union sans l’affoler de trop. Ce qui nous arrange, car cela le rallierait à la droite.
En effet, souvent les sondages semblent adresser des messages toujours opportunistes à tel secteur ou tel secteur du paysage politique. Ici, il s’agit de pousser les centres dans les bras les uns des autres. Mais cela passe par la recomposition du paysage lui-même. Ici, on lit qu’Edouard Philippe fait 17 %. Mais Attal est absent du sondage ! Si les deux étaient présents, comment se partageraient-ils l’espace du centre droit ? On ne sait pas. Mais on sait à coup sûr que ni l’un ni l’autre ne serait présent au second tour. Même question pour Glucksmann, candidat à 11 %. Mais où est passé le PS ? Si le PS est présent, quelle part chacun des deux prendrait au centre-gauche ? On devine que bien d’autres configurations réalistes sont aussi possibles. Mais la force de l’image donnée est de rétrécir le champ au profit des candidatures du centre. On doit donc s’attendre à bien des convulsions à venir. Car les sondages sont rendus maîtres de la désignation des candidats par plusieurs familles politiques elles-mêmes. Les sondeurs le savent. Leurs résultats changent de nature avec cela. Il nous reste à savoir quels naïfs vont les croire. Et quel crédit chacun donnera à chaque « institut ». Quand on voit sur les photos le patron d’IFOP présent dans une réunion avec Glucksmann, on devine que le doute aurait des raisons de s’exprimer au PS.
Quant à nous, une seule leçon : rien ne sert de courir. Laissons l’onde de choc produire son effet avant d’envisager le mouvement suivant.
La publication d’une encyclique papale est toujours un évènement, car c’est une prise de position adressée au minimum à un milliard d’êtres humains de confession catholique. La centralisation du modèle d’organisation de la foi catholique (église apostolique et romaine) rend possible une relation plus globalement argumentée avec ce milieu. Le texte aborde cette fois-ci la place de la technique dite d’intelligence artificielle dans l’évolution de la société humaine. Comme tout le monde, le pape met en scène la spécificité du sujet puisque celui-ci semble mettre en cause la caractéristique humaine que serait la pensée dont cet outil technique semble capable de prendre la place. L’institut La Boétie a ouvert la réflexion à travers plusieurs réunions et colloques. Nous n’avons établi aucune conclusion dans le moment. Pour ma part, je me réfère beaucoup au travail d’Anne Alombert sur le sujet. Non parce que j’y adhère, mais parce que sa mise en scène du thème permet d’y réfléchir sur des bases ouvertes. À première vue, je rejoins le pape quand il invite à se tenir à distance autant de la réaction de frayeur que du déni. Mais à vrai dire cette double mise à distance est davantage un point de vue de bon sens élémentaire qu’une façon d’explorer le thème des acquis possibles de l’irruption de cet outil. Son texte ne se limite pas à cela, je veux le dire pour ne pas le caricaturer. Mais il donne l’occasion de discussions de masse, de dialogue dans la mesure où il se situe sur un plan large au-delà de la seule mais considérable conséquence sur l’emploi dans le cadre capitaliste. Pour nous insoumis, une fois partagé le ni-ni initial, il me semble que nous devons évidemment envisager les conséquences sociales avec une vigilance totale. Et des propositions. C’est là que je situe une autre ouverture. Comme une question. Et si l’intelligence artificielle nous permettait d’envisager la diminution du temps de travail humain ? Et si elle nous permettait, à temps de travail diminué, de reformuler la question du partage de la richesse produite et de la gestion collective du surproduit social ? La génération socialiste de Salvador Allende avait pensé trouver dans la cybernétique une ouverture de cette nature. Je crois qu’il faut faire le même pari. Ce serait au minimum une façon de commencer à dire comment utiliser ce nouvel outil plutôt que de le subir.