09.09.2022

Avanti popolo, alla riscossa!

Retour d’Italie. De Rome, éternel concentré du mieux. Un jour et demi d’actions politiques ponctuelles concentrées sur un but : percer l’écran d’invisibilité qui masquait nos amis de l’Union populaire en Italie.

Au passage, j’ai réglé un compte : mettre fin à la légende d’après laquelle le chef du courant 5 étoiles serait le « Mélenchon italien ». Je n’avais pas connaissance de cette captation d’identité. La presse italienne faisait mine malicieusement de s’étonner de me voir en soutien pour l’Union populaire. J’ai donc réglé le problème. Certes, ce n’était pas le plus important. Mais dans la confusion qui existe déjà, celle-ci pouvait être pénalisante pour mes amis et valorisante pour nos adversaires. Je suis venu faire campagne électorale donc.

Coup au but. J’ai commencé avec un meeting sur une petite place de Rome dans un quartier populaire (perché sur une chaise). Une image aussitôt propagée des centaines de fois sur les réseaux sociaux et dans la presse en ligne. Puis deux émissions de télé ont permis de bonnes mises au point. L’une sur le prestigieux canal 7 avec son journaliste super star puis l’autre de 30 minutes à la RAI. Elles m’ont permis de mettre la lumière pleins feux sur Luigi de Magistris, chef de file de l’Union populaire et ses listes.

Le lendemain, une conférence de presse dédiée à la presse écrite et radio a permis d’explorer tous les aspects des questions que ma présence permettait de poser. À vrai dire, la presse italienne se montre très curieuse et ouverte sur la contradiction. Je ne crois pas qu’un responsable politique italien ait été traité aussi bien une seule fois à Paris. La bourgade française ne s’intéresse plus à rien. Pas à l’Amérique latine, pas à l’Afrique, pas à l’Asie, mais pas à l’Europe non plus sauf pour les shows royaux anglais, mariages et cimetières. Seules les images des USA percent de temps en temps l’épais mur de provincialisme qui entoure notre vie médiatique.

En Italie, la madame Le Pen du coin, madame Meloni, est donnée gagnante de l’élection. Il est crucial pour nous qu’existe une alternative de la « gauche radicale », comme ils disent, dans la séquence qui suivra. Pour cela, il faut faire au minimum 3%. Ce n’est pas acquis pour l’Union populaire qui n’a pas six mois d’existence. Mais elle a prouvé qu’elle était capable de réunir en plein mois d’août les 65 000 signatures nécessaires soudainement exigées pour pouvoir déposer une liste nationale quand on n’a pas de parlementaires sortants !

Leur chef de file est l’ancien maire de Naples. Une figure anguleuse et rassurante en même temps. La coalition intègre un groupe comme « Potere al popolo » avec qui le mouvement insoumis a des relations de complicité depuis sa fondation. On me disait « pourquoi vas-tu soutenir une liste qui n’est même pas sûre de faire 3% ? » Et bien : précisément parce qu’elle n’est pas sûre de faire 3% et qu’il faut absolument que nous ayons en Italie une représentation politique autonome pour affronter les fascistes. « Ce n’est pas bon pour ton image » m’a-t-on glissé. Mon image ? Je ne suis pas le gestionnaire d’une marque mais d’une idée et d’un programme. Or, le programme de l’Union populaire italienne comporte d’innombrables points communs avec le nôtre ! Ce n’est pas un hasard. Et le chef de file Luigi Di Magistris a montré à Naples qu’il savait tenir tête et combiner très étroitement questions sociales et impératif écologique avec son référendum pour la municipalisation de l’eau à Naples.

Évidemment, on m’a fait la récitation sur le « vote utile » pour la chose qu’on nomme « la gauche » ici. C’est le fameux « parti démocratique » que soutient monsieur Bayrou depuis la France. Si j’avais un doute, ce moment de voiture dans Rome m’en aurait guéri. Dans une capitale propre avec une circulation plutôt fluide, et sans une seule sirène de police de la journée, on suivait à ce moment-là un autobus dans un quartier populaire. Un bus avec de la publicité politique puisqu’elle est désormais permise à Rome. En grand et gros le buste du chef des « démocratiques » italiens. Et juste avec un slogan : « Moins d’impôts ! ». Voilà avec quoi la « gauche » centriste compte mobiliser les milieux populaires. Vous comprenez pourquoi il faut absolument que les Italiens aient un point d’appui autonome dans la rude séquence qui s’annonce ? Je n’en dis pas davantage.

Mon déplacement a permis un bon coup de projecteur sur l’alternative. Advienne que pourra. Je ne serai pas resté chez moi à faire des commentaires au lieu d’agir. Si je peux peser si peu que ce soit sur le résultat des nôtres en Italie, je crois agir comme les Français qui ont voté avec nous veulent que j’agisse en leur nom. La Russa, un bon gros facho italien est allé à la télé me répliquer dans le registre grossier des macronistes et des lepenistes. Mais des dizaines de gens de gauche qui ont enfin pu voir que nous étions là ont appelé au siège de notre campagne pour s’inscrire dans nos files et faire campagne. Avanti popolo, alla riscossa!

Je conclu ce bref post. Rome reste la merveille éternellement émouvante qu’elle est pour l’esprit et le sentiment des gens décents s’ils peuvent s’émouvoir d’un cyprès sur un fond de murs ocres ou roses. Rome appelle, de rues en quartiers, tous les noms qui nous hantent depuis Fellini ou Pasolini, Virgile et Lucrèce. Aucun Français ne peut accepter de voir le retour des chemises brunes au balcon de notre pays commun. Car telle est l’Italie pour tout le monde latin. On célèbre la Grèce où serait née la démocratie sans les femmes ni les esclaves. Mais ici est né l’Humanisme. Et il donne encore des clefs libératrices à tous les asservis, esclaves mentaux et femmes comprises. Je suis aussi allé méditer vers la tombe de Gramsci avec mes amis, avant de partir vers l’aéroport. Le cimetière est depuis le 17ème siècle dans l’histoire celui des « non catholiques ». C’est un sublime jardin, peuplé de chats, certes moins nombreux que les morts, mais autrement plus liants.

Quand tout est éteint, quand tout est fini du contexte, quand le mouvement des générations a effacé le fil qui lie les êtres les uns aux autres par le nom, que reste-t-il d’utile de soi à part la poussière que nous rendons à la terre ? Même pas la vanité des tombeaux. Juste l’œuvre accomplie aussi longtemps que quelqu’un a besoin de se l’approprier pour vivre. Gramsci, emprisonné à mort, est resté libre parce qu’il a pensé, écrit et voulu, sans céder jamais, cet autre monde possible. Gramsci aide toujours à persévérer, à penser, à agir. Il disait « je hais les indifférents ».

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